Rajendra Singh et la sagesse de la sauvegarde de l’eau
« L’eau n’est pas un problème ordinaire. La prochaine guerre mondiale ne sera pas provoquée par le terrorisme; on pourra l’arrêter. Mais le problème de l’eau va prendre des proportions catastrophiques dans les dix à vingt prochaines années. »
Il y a dix-sept ans, de nombreux villages de l’état du Rajasthan en Inde, étaient en train de mourir à cause de la sécheresse. Les puits étaient à sec et les moissons étaient régulièrement mauvaises. La pluie qui tombait emportait le plus souvent la terre desséchée, faisant plus de mal que de bien.
Avec la dégradation écologique vint la désintégration sociale. La plupart des villageois aptes aux travaux des champs migraient vers les centres urbains pour chercher un emploi et dans de nombreux villages, ne restaient que des femmes. Le taux d’analphabètes dépassait 80% dans la région, la présence à l’école était très basse, de 2 à 3 %.
Rajendra Singh, un membre de l’Organisation non Gouvernementale Tarun Bharat Sangh (TBS), vint au Rajasthan avec le désir de faire tout ce qu’il pouvait Pour aider les habitants de cette région désolée. Après Avoir essayé différents types de projets d’aide, un des Plus vieux villageois lui tendit une pelle en lui disant d’un ton sévère : « Nous ne voulons pas de ce que vous voulez nous donner. Ce dont nous avons besoin c’est de l’eau. Arrêtez vos discours et construisez des johads. »
Comprenant que la solution la plus sage pour Résoudre les problèmes du village est d’agir avec les villageois eux-mêmes, Rajendra commença à les écouter plus attentivement. Les johads sont de petits barrages en terre, des systèmes de retenue d’eau issus de la sagesse traditionnelle et qui ont été oubliés sous l’administration coloniale. Ces barrages captent et retiennent l’eau de pluie qui d’ordinaire ruisselle, lui permettant de s’infiltrer dans le sol et d’alimenter la nappe phréatique.
Rajendra travailla d’arrache-pied avec sa pelle pendant des mois afin de construire un johad près du village. Après quelques temps, les habitants du village remarquèrent que les puits qui étaient secs depuis des années étaient à présent remplis d’eau. Les villageois avec Rajendra et le TBS organisèrent une campagne d’information sur ce succès, et l’information se diffusa rapidement dans la région.
Aujourd’hui, des villageois de différentes parties du Rajasthan ont construit plus de 4 500 structures de retenue d’eau. À présent cinq des fleuves de cette région coulent régulièrement et la campagne desséchée et infertile est verte de végétation, même durant les périodes de sécheresse. Des oiseaux et d’autres animaux reviennent dans cette région.
L’eau a apporté la prospérité économique. Le village de Nimi, par exemple, pouvait autrefois à peine se nourrir par lui-même. Aujourd’hui il est connu pour la qualité de ses légumes qui se vendent dans les grandes villes d’Inde.
L’eau aide aussi à tisser des liens sociaux dans les villages. Dans chaque village, quand on décide de construire un johad, on organise des structures démocratiques pour s’assurer de l’implication de tout le village dans la gestion durable des ressources naturelles, pas uniquement de l’eau mais aussi des forêts et des pâturages. Les femmes obtiennent le droit de participer aux décisions et ce sont les méthodes traditionnelles de conservation rétablies par les villageois qui sont utilisées Les jeunes ne vont plus chercher du travail en ville. Beaucoup de ceux qui étaient partis ont commencé à revenir dans leur village. Il y a eu aussi une importante augmentation de la scolarisation.
L’autonomie est une clé déterminante de ce mouvement. « Le travail le plus important est de se défaire du mépris de leurs droits que les habitants des campagnes ont subi depuis l’époque coloniale britannique. » déclare Rajendra Singh, « Au moment où ils se respectent eux-mêmes, ils font les choses par eux-mêmes. »
› Tiré du film et de l’exposition Une révolution tranquille
La préservation de l'eau par des méthodes traditionnelles au Rajastan.